Partenariats · 27/10/2026

Table ronde de Bafoussam : ce qui tient après ProDEF

Cinq mois après la fin du ProDEF, la coopération allemande a réuni à Bafoussam les acteurs de l'accompagnement entrepreneurial de l'Ouest. Bilan : des OSE spécialisées, une méthode adaptée aux communautés, et un suivi qui continue sur le terrain. Reste à le financer.

📷 Participants à la table ronde sur l'écosystème entrepreneurial de l'Ouest, hôtel Zingana, Bafoussam, 27 octobre 2026.

Bafoussam, 27 octobre 2026. Cinq mois après la fin du programme d'incubation ProDEF à l'Ouest, la question n'est plus de savoir ce que le projet a produit, mais ce qui tient sans lui. C'est ce que la coopération allemande est venue vérifier sur le terrain, en réunissant à l'hôtel Zingana ceux qui font vivre l'accompagnement des entrepreneurs dans la région.

EN CHIFFRES

• 270 entrepreneurs accompagnés par le ProDEF à l'Ouest, dont 176 femmes

• 6 localités, 6 OSE

• 250 micro-entrepreneurs formés en éducation financière par IT KOLA

• 138 d'entre eux encore membres du groupe de suivi WhatsApp

La délégation était conduite par Knut Gummert, Chef de la Coopération à l'Ambassade de la République fédérale d'Allemagne au Cameroun. Elle comprenait les responsables arrivés en août 2026, dont Jonathan Gatzer Otto, Chef de la Coopération adjoint, et Christoph Feldkötter, Directeur résident de la GIZ au Cameroun.

Face à eux : le MINPMEESA, quelques entrepreneurs et six organisations de soutien aux entrepreneurs (OSE) de l'Ouest, Nkwangtech Foundation, CATI², IT KOLA, CFAC, PIN Consulting et DNA Maraîcher.

Le point de départ est connu. De janvier à mai 2026, le ProDEF, mis en œuvre par la GIZ sous la supervision du MINPMEESA, a accompagné 270 entrepreneurs, dont 176 femmes, dans six localités de l'Ouest. Deux questions restaient ouvertes : que reste-t-il de ce travail, et comment le faire durer ?

UN TOUR DE TABLE SANS LANGUE DE BOIS

La rencontre a pris la forme d'un tour des acteurs. Chacun est venu avec son terrain : les OSE avec leurs cohortes, le ministère avec son rôle d'encadrement, la Fondation Esperanza avec son dialogue avec les chefs traditionnels sur l'inclusion culturelle et communautaire, et les entrepreneurs avec ce qu'ils vivent après la formation.

Trois questions ont guidé les échanges :

▸ comment l'entrepreneuriat évolue à l'Ouest, et quelle place y prennent le numérique et l'économie verte ;

▸ quelles pratiques d'accompagnement ont réellement changé quelque chose chez les entrepreneurs ;

▸ comment mieux coordonner les acteurs et faire durer ce qui marche.

Le format a permis d'aborder les vrais sujets, y compris ceux qui fâchent.

LES DÉFIS POSÉS SUR LA TABLE

Un projet se termine, les besoins des entrepreneurs continuent. Quatre blocages sont revenus dans les interventions.

▸ La continuité du suivi. Après la clôture, les OSE poursuivent l'accompagnement sans financement dédié. Le lien tient, mais avec peu de moyens.

▸ Les ruptures dans le parcours. Entre la formation, l'incubation, l'accès aux marchés et le financement, les passerelles manquent. Un entrepreneur formé n'a pas forcément de suite.

▸ La structuration et la conformité. Beaucoup de micro-activités, surtout dans la transformation agroalimentaire, restent loin des normes de qualité exigées par les marchés.

▸ La coordination entre acteurs. Les interventions se juxtaposent plus qu'elles ne se complètent, et les expériences réussies sont rarement capitalisées.

CE QUE PRODEF A LAISSÉ SUR LE TERRAIN

Ces défis n'ont pas masqué l'essentiel : le ProDEF a laissé plus que des chiffres de formation. Les participants ont reconnu trois acquis.

▸ Des OSE spécialisées qui forment une chaîne complète. Le projet a fait émerger à l'Ouest des organisations d'appui qui ne font pas toutes la même chose. L'une forme à l'éducation financière, une autre aux techniques de transformation, une autre au numérique. Mises bout à bout, ces spécialités couvrent désormais tout le parcours d'un entrepreneur. Aucune structure n'aurait pu construire seule cette base.

▸ Une incubation pensée pour les communautés. Le deuxième acquis tient à la méthode : des contenus adaptés au contexte local, des blocs de formation courts, du coaching individuel et un suivi à distance par téléphone (blended learning). Ce format a touché un public rural qui ne peut pas suivre une incubation continue. L'incubation s'est adaptée aux communautés, et non l'inverse.

▸ Des initiatives qui continuent après le projet. Troisième acquis, sans doute le plus parlant : l'accompagnement se poursuit sur le terrain. Il est plus faible qu'au temps du projet, mais il existe, et il se duplique. Deux exemples ont été cités : le CATI², qui travaille sur l'économie verte avec les femmes entrepreneurs, et IT KOLA.

IT KOLA a présenté trois initiatives :

• Un lien maintenu avec les bénéficiaires. Le groupe WhatsApp « Blended learning éducation financière » compte 138 membres, soit plus de la moitié des 250 micro-entrepreneurs formés par IT KOLA en éducation financière. Ils y partagent encore leurs activités et leurs réunions de groupe.

• Une réponse commune sur la qualité. Avec PIN Consulting, qui a accompagné les mêmes entrepreneurs sur la transformation, IT KOLA a engagé une démarche avec le LANACOME (séance de travail le 7 octobre, lettre d'intention le 9 octobre 2026). Objectif : aider les transformateurs à faire analyser leurs produits et à corriger leurs procédés.

• La méthode reprise ailleurs. L'approche d'incubation du ProDEF est réutilisée dans la 2e édition de SAGROS – Jeunes Agripreneurs, portée avec la Fondation NGUON à Foumban. Elle mobilise des OSE déjà actives dans le ProDEF, comme PIN Consulting et Nkwangtech Foundation, au service d'un nouveau public : les jeunes agripreneurs du Noun.

LES LEVIERS POUR STRUCTURER ET CRÉER DE LA VALEUR

Deux orientations générales se sont dégagées : explorer de nouveaux secteurs porteurs, et orienter l'accompagnement vers des entrepreneurs à potentiel de croissance, sans perdre l'objectif d'inclusion.

IT KOLA a mis trois propositions sur la table :

  1. Un pilote qualité de 3 à 6 mois avec le LANACOME, sur une cohorte de transformateurs déjà formés par le ProDEF. L'appui recherché porte sur les frais d'analyse groupés et la sensibilisation en région.
  1. Un réseau d'OSE de l'Ouest organisé par compétence, sur le modèle appliqué dans SAGROS 2026, pour les prochaines initiatives de la coopération allemande.
  1. Le financement des femmes accompagnées par TEVE, un mécanisme d'épargne et de crédit communautaire intégré à SICER, la proposition d'IT KOLA distinguée Runner-Up au hackathon ADIF de l'UNECA en juin 2026.

La leçon de Bafoussam tient en une phrase : l'écosystème existe, il fonctionne déjà en partie sans projet, mais il ne passera pas à l'échelle sans un minimum d'organisation commune et un financement de relais. IT KOLA reste disponible pour y contribuer, aux côtés des autres OSE, du MINPMEESA et de la coopération allemande.

En savoir plus sur SAGROS – Jeunes Agripreneurs : itkola.org/programmes#sagros

Vous êtes une OSE, un partenaire ou un bailleur et souhaitez travailler avec IT KOLA sur l'accompagnement des entrepreneurs de l'Ouest ? Écrivez-nous à itkola@gmail.com.

Christian Ntieche Njilou, Directeur exécutif, IT KOLA Innovation & Tech Hub

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